Racines d’arbres, de Vincent van Gogh

Le dernier tableau

Vincent van Gogh, Racines d’arbres</p>
<p>Photographie © Raymond Martinez

Vincent van Gogh, Racines d’arbres
Photographie © Raymond Martinez le 9 novembre 2023 lors de l’exposition
« Van Gogh à Auvers » au Musée d’Orsay

 

Recherches et hypothèses de Raymond Martinez sur

la dernière œuvre de Vincent van Gogh : « Racines d’arbres » (1890)

Vincent van Gogh, Racines d’arbres au Musée d’Orsay, Paris<br />
Photographie Raymond Martinez 2023 ©<br />

Vincent van Gogh, Racines d’arbres au Musée d’Orsay, Paris

Origine du tableau

Le tableau a été peint rue Daubigny à Auvers-sur-Oise le 27 juillet 1890

Technique : huile sur toile

Dimensions : double carré de 100 cm x 50 cm

Localisation habituelle : Musée Van Gogh à Amsterdam1

 

La date

Andries Bonger, beau-frère de Theo Van Gogh mentionne ce tableau comme le dernier peint par Vincent le jour de son suicide le 27 juillet 1890. Le tableau semble, par certains aspects, inachevé.

Le format :

Racines d’arbres est une toile au format panoramique. En quelques semaines,Van Gogh a peint, à Auvers-sur-Oise, plusieurs toiles de ce format appelé double carré, notamment Champ de blé au corbeau, Paysage d’Auvers sous la pluie, Paysage au crépuscule ou encore Champ de blé sous des nuages d’orage.
Il choisit le même format, mais en vertical, pour Marguerite Gachet au piano.

Première impression

 Quand j’ai découvert Racines d’arbres, j’ai ressenti un trouble singulier, presque un malaise. Ce tableau m’intriguait : il ne ressemblait pas à ce que je connaissais de l’œuvre de Vincent van Gogh. La toile est riche de couleurs, pourtant son sujet demeure obscur, presque impénétrable. Un pressentiment étrange s’empara de moi, comme si cette œuvre recelait un secret. Hanté par cette idée, je voulus approfondir mes recherches. J’ignorais encore que cette exploration me conduirait à une découverte étonnante.

Descriptif

Vincent van Gogh représente un enchevêtrement de troncs et de racines aux teintes bleutées et
violacées, qui s’enroulent et se tordent sur un sol ocre et doré. Au centre, un buisson d’un vert intense tranche avec éclat.
Nulle ligne d’horizon, le ciel est absent : le regard est enfermé dans cette composition dense, où la profusion de couleurs et l’absence de repères confèrent à l’ensemble un aspect presque abstrait.

Où Vincent van Gogh a-t-il posé son chevalet ?

La localisation a été déterminée récemment sur un talus situé à environ 150 mètres derrière l’auberge Ravoux où il logeait. Le chercheur Wouter van der Veen, directeur scientifique de l’Institut Van Gogh d’Auvers-sur-Oise, travaillant sur la vie et l’œuvre de Vincent van Gogh, a publié en 2020 une analyse de la dernière journée de Vincent van Gogh, du lieu où il a passé cette journée, du dernier tableau qu’il a peint.1

 

Le lieu peint par Van Gogh sur une carte postale aux environs de 1910

Le lieu peint par Van Gogh sur une carte postale aux environs de 1910.

image non datée mais apparemment                         antérieure à la carte postale

Autre image non datée mais apparemment antérieure à la carte postale.

Le lieu tel qu’il est actuellement                         Photo Raymond Martinez – 2023 ©

Le lieu tel qu’il est actuellement. Photo Raymond Martinez – 2023 ©

On retrouve sur ces 3 photographies

ainsi que sur le tableau la même racine,

ce qui permet de confirmer le lieu.

 

La question posée par le tableau :

Vincent Van Gogh a peint ce tableau peu de temps avant son acte suicidaire.

On peut supposer que l’idée de se supprimer le hantait alors même qu’il peignait le tableau. Il est même possible que le coup de pistolet ait été tiré alors qu’il était devant la toile.

 Cette idée de la mort ou sa mort elle-même est-elle présente dans le tableau ?

Vincent van Gogh, Racines d’arbres au Musée d’Orsay, Paris<br />
Photographie Raymond Martinez 2023 ©<br />

Vincent van Gogh, Racines d’arbres au Musée d’Orsay, Paris

« Ma vie à moi aussi est attaquée à la racine même »

– Van Gogh le 10 juillet 1890 c1

Dans ce tableau, les racines, les troncs et le feuillage sont tordus, comme torturés. Ils expriment l’âme tourmentée du peintre. Mais c’est le cas dans de nombreuses œuvres de Vincent van Gogh. En revanche, il n’y a ici, ni horizon, ni ciel. Cette absence de repères, enferme le regard dans une composition presque abstraite.
Pourtant, de nombreuses lignes verticales bleues guident le regard vers la limite haute du tableau comme vers un ciel symbolique.

Ce que je propose ici n’est pas une certitude, mais une lecture possible, née du regard.

C’est à cette limite que Vincent van Gogh semble avoir peint un visage couché, comme éteint. Les traits de ce visage et la couleur rousse de la barbe et des cheveux rappellent celui du peintre.
Le portrait, qui semble émerger d’un linceul de verdure, sort du tableau par le haut comme s’il se dirigeait vers le ciel.
Van Gogh était hautement empreint de spiritualité. Il est vraisemblable qu’au moment d’effectuer l’acte fatal, il puisse imaginer son corps après sa mort. Le visage qu’il peint serait donc son dernier autoportrait.
Ce serait ainsi un autoportrait mortuaire.

 

Est-ce le dernier autoportrait de Vincent van Gogh?

Vincent van Gogh, Racines d’arbres (détail) - Photographie Raymond Martinez 2023 ©

Vincent van Gogh, Racines d’arbres (détail)

On devine le visage couché comme sortant d’un linceul vert. Le nez, le sillon sous la joue et l’œil fermé sont peints en noir. La couleur rousse des cheveux se poursuit jusqu’à la barbe.

 

 

« Eh bien mon travail à moi j’y risque ma vie et ma raison y a fondrée* à moitié »

– Van Gogh le 23 juillet 1890c2

* Effondrée

Vincent van Gogh, Racines d’arbres (Détail) Photographie Raymond Martinez 2023 ©

Vincent van Gogh, Racines d’arbres (détail) – Photo et infographie Raymond Martinez 2023 ©

Sur cet agrandissement du tableau, il apparaît que le peintre a représenté son visage de profil. Son œil est fermé et l’attitude semble apaisée, comme en sommeil.

 

Dessin mortuaire de Van Gogh réalisé par le Dr Paul Gachet le 29 juillet 1890<br />
Photographie © Raymond Martinez le 9 novembre 2023 lors de l’exposition<br />
« Van Gogh à Auvers » au Musée d’Orsay<br />

Dessin mortuaire de Van Gogh réalisé par le Dr Paul Gachet le 29 juillet 1890
Photographie © Raymond Martinez le 9 novembre 2023 lors de l’exposition
« Van Gogh à Auvers » au Musée d’Orsay

Voici un croquis représentant Vincent Van Gogh sur son lit de mort. Il a été réalisé par le Dr Gachet deux jours après « Racines d’arbres » alors que l’artiste venait de mourir.

La ressemblance entre les deux images est frappante.

Le Dr Gachet a exécuté rapidement ce dessin, le papier posé sur l’assise d’une chaise dont on voit la trame du cannage. Il a ensuite été envoyé à la mère de l’artiste.

En cette fin du XIXème siècle, il était courant de faire un dessin ou une photographie des défunts sur leur lit de mort. 

Questions

Vincent Van Gogh a-t-il réellement voulu se représenter dans le tableau ?
Les tourments probables dans ces instants qui précèdent son suicide l’ont-ils poussé à peindre son portrait sans vie ?
Le visage au bord du cadre, comme s’il s’élevait vers le ciel, est-il symbolique des croyances religieuses du peintre ?
Van Gogh a peint une trentaine d’autoportraits, celui-ci serait ainsi le dernier et le seul où il se représente après la mort.
A-t-il commencé à peindre son portrait et par repentir ne l’a pas achevé ?
Est-ce une paréidolie* qui ressemble au visage de Vincent van Gogh ?

*Illusion qui fait apparaitre une forme familière dans une image désordonnée.

Analyse

Une analyse du tableau révèle des informations sur l’état d’esprit de Vincent van Gogh quand il peint le tableau.
L’artiste est face à un talus. Chose rare dans son œuvre, il peint une surface dont on ne voit pas la limite. Ce talus lui bouche la vue. Il n’a aucune perspective ou ouverture vers un quelconque horizon.
Ce choix n’est pas anodin alors qu’il est probable que des pensées suicidaires l’obsèdent. Les formes et les couleurs semblent nouées dans un entrelacs inextricable. Ceci provoque un sentiment de trouble perceptible face à cette œuvre.
Le positionnement du visage mortuaire qui semble sortir par le haut du tableau pourrait être lié à sa vision spirituelle et religieuse. Ce visage semble inachevé ou incomplet. Dans plusieurs de ses tableaux, certaines parties semblent inachevées. Il est probable que ce soit le cas ici aussi.

La mort comme passage

Van Gogh était profondément habité par la spiritualité, une spiritualité âpre, personnelle, nourrie de lectures bibliques et d’une foi qui avait traversé bien des fractures. Il n’est pas impossible qu’au seuil de l’acte fatal, il ait imaginé son corps après sa mort. Ce visage serait alors son dernier autoportrait. Non plus le regard intense et fiévreux de ses portraits antérieurs, mais un visage fermé et serein, peint par une main qui savait, peut-être, que c’était la dernière fois.
Ce serait un autoportrait mortuaire, métaphore de l’âme quittant le corps, une représentation de la mort comme passage plutôt que comme fin.
Dans une lettre adressée deux ans plus tôt à son frère Theo, Van Gogh évoque une idée qui le hante : la mort ne serait pas une fin, mais un moyen de transport, de passage vers cet au-delà, vers ce ciel que les croyants espèrent et que le peintre, à sa manière tourmentée, n’a jamais tout à fait cessé de chercher :

« Si nous prenons le train pour nous rendre à Tarascon ou à Rouen nous prenons la mort pour aller dans une étoile. […] Enfin il ne me semble pas impossible que le cholera, la gravelle, la phtisie, le cancer, soient des moyens de locomotion céleste comme les bateaux à vapeur, les omnibus et le chemin de fer en soient de terrestres. »

Impressions

J’ai découvert le tableau Racines d’arbres pour la première fois dans un livre d’art. J’ai remarqué ce qui me semblait être un visage couché. J’ai appris, ensuite, que ce tableau était considéré comme le dernier de Vincent Van Gogh.
La présence de son image a pris alors tout son sens par la représentation de ce que le peintre présage à quelques heures de sa mort.
Je pense Vincent Van Gogh capable de peindre ce portrait dissimulé dans cette œuvre comme un dernier défi. Ce tableau serait ainsi son testament artistique.
Je me suis rendu au musée d’Orsay le 9 novembre 2023. J’ai découvert pour la première fois le tableau original lors de l’exposition « Van Gogh à Auvers ».
La vision du tableau et les photographies que j’ai faites semblent confirmer ma première impression.

L’ensemble de ces recherches sont contenues dans mon livre

Sur les Traces de Vincent van Gogh

En mars 2024, publication du livre « Sur les Traces de Vincent van Gogh » , préfacé par René Nouailhat, historien et docteur ès lettres. Dans cet ouvrage qui regroupe trois recherches, le premier chapitre présente mon analyse complète du tableau « La nuit étoilée sur le Rhône ».

Couverture du livre "Sur les Traces de Vincent van Gogh"

Ce livre présente aussi mon travail photographique dans l’atelier d’art-thérapie de la clinique Saint-Paul à Saint-Rémy-de-Provence Les chevalets de Saint Paul, ainsi que ma recherche sur le tableau La nuit étoilée sur le Rhône, peint à Arles en 1888.

Courriers

https://vangoghletters.org

c1 : https://vangoghletters.org/vg/letters/let898/letter.html

Lettre à Theo et Jo du 10 juillet1890

c2 : https://vangoghletters.org/vg/letters/RM25/letter.html

Lettre à Théo non envoyée datée du 23 juillet 1890, Vincent Van Gogh la portait le jour de sa tentative de suicide.

« Eh bien mon travail à moi j’y risque ma vie et ma raison y a fondrée* à moitié »

* Effondrée

 

 

Crédits Photographiques

(Hors ceux cités dans le texte) :

 

Localisation Photo 1 :  Crédit Photo Éditions Institut Van Gogh

Localisation Photo 2 :  Auteur inconnu sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Racines_d%27arbres  

 

© Raymond Martinez 2026